Dans les camps de réfugiés à Paris, entre précarité et désespoir

Alors que l’Etat français et la mairie du capitale se renvoient la balle, la situation dans les campements de migrants semble s’aggraver de jour en jour.  

«Aide-toi et le ciel t’aidera!» me dit Ahmad. Le jeune Afghan n’a que 19 ans. Il vient tout juste d’arriver à Paris ce vendredi matin, après six mois de voyage clandestin à travers l’Europe. «Je n’avais pas le choix. Mon père a été tué dans un attentat à Kaboul. Je dois trouver un boulot et nourrir ma famille.» À deux pas de Point Éphémère, le centre culturel branché du canal Saint Martin, vivent depuis dix semaines près de 800 migrants, dont une majorité d’Afghans. «On m’a dit de venir ici dans le coin des Afghans. Maintenant, je dois me trouver une tente.» Tâche difficile, les places sont très prisées. Dans ce chaos insoluble, une certaine  hiérarchisation s’est créée. Faez, 35 ans, nous coupe et dit qu’il a une place dans sa tente pour Ahmad «10 € la nuit» et ajoute : «J’ai besoin d’argent. Ma demande d’asile a été rejetée ici. J’ai payé 1000 € hier pour aller à Londres. C’est trop cher, mais je ne veux pas rentrer chez moi.»

Selon les principales ONG du secteur, la présence de migrants à Paris (près de 2500 dans trois campements différents) a permis aux passeurs de Calais de faire leur marché et d’entretenir des trafics. Une situation «d’indignité totale» que dénoncent des dizaines d’organisations humanitaires présentes sur les lieux. Dans une pétition lancée hier, elles demandent «une intervention rapide des pouvoirs publics.» Aux pathologies liées à la vie dans la rue, les maladies respiratoires, de peau, s’ajoute les conditions de vie et le sentiment d’abandon, et la tension monte de plus en plus au sein des communautés ethniques. Dimanche dernier, un Soudanais a été gravement blessé à la suite d’une rixe, tandis qu’un jeune Afghan s’est noyé la semaine dernière dans le canal Saint-Martin. Un autre corps avait été repêché le 6 mai, sans pouvoir être identifié.

L’arrivée du Ramadan n’arrange pas les conditions précaires de ces migrants. «Depuis hier, ceux qui jeûnent se font piquer les nourritures par les non musulmans et puis ils doivent les payer à la tombée de la nuit. » nous confie Omid. A 44 ans il a passé huit ans de sa vie dans les camps, partout en Europe. «Je sais de quoi je parle, ça arrive à chaque Ramadan et dans n’importe quel camp. Ils font du business sur le dos des pauvres gens.» Omid est alors interrompu par une poignée de réfugiés. Une dispute éclate dans un anglais approximatif. Assez rapidement, ils en viennent aux mains.

Lorsque le calme revient,  je retrouve Omid, l’air fatigué, déçu. Il m’apprend que sa demande d’asile a été rejetée la semaine dernière et qu’il attend son expulsion. «Je n’en peux plus. Ma mère est mourante, je vais rentrer.» «J’étais un bon musulman, poursuit-il, je travaillais la terre et je gagnais mon pain, je croyais en la bonté des hommes. Aujourd’hui, je ne crois plus en rien, ni en Dieu ni en l’être humain.»

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